3e journée : St Thibault (18 St Satur) - Briare (45). 46 km.
Départ de Saint-Thibault à 8h45. Les copains du Sancerrois (famille Alabeurthe, Pierre Riffault, Philippe Prieur) assistent au lever des ancres. Philippe pousse les bateaux. Quant aux brouillards de Loire, ils sont fidèles au rendez-vous. Deux heures durant, la navigation va être pénible : au milieu de la brume, de gros rochers parsèment le fleuve. Disposés en quinconce, il faut sans cesse les éviter.
L'équipage fait une pause à Cosne-sur-Loire, l'occasion d'être salué une dernière fois par quelques amis qui ont suivi jusqu'au pont. Voici les bateliers de Cosne, anneaux aux oreilles, qui viennent voir les bateaux et les gars qui les mènent. Discussion entre passionnés de batellerie.
De nombreux bancs de sable et un courant très affaibli annoncent la présence de la centrale dont on aperçoit les tours de fort loin. L'écluse de Belleville est atteinte à 12h30. L'équipe du "p'tit Robert", prévenue de l'arrivée des Chavans, est à pied d'oeuvre, en compagnie de Jacky Griffet déjà sur les lieux. Ils sont 6 hommes, dont un homme-grenouille et doivent même désensabler le chenal à la pelle. Sans eux, le passage serait impossible, qu'ils soient remerciés pour leur travail.
A 13 heures, les deux bateaux ont franchi l'écluse. On casse la croûte sur place. Départ à 14h15. On passe devant Bonny. Puis, c'est un très beau village des bords de Loire : Ousson et sa petite église. On se croirait dans "Jean Tambour" !
Le soleil est bien chaud et cuisant pour les mariniers. En aval d'Ousson, des rapides avec - à nouveau - de grosses pierres obligent à redoubler de vigilance. Châtillon-sur-Loire est aperçu vers 16h00 et on arrive enfin à Briare à 16h40.
Aujourd'hui, les charpentiers de l'équipage ont du consolider tous les postes d'avirons, soumis à rude épreuve depuis 3 jours. Le campement, ce soir, est établi sur une belle plage de sable fin. Les lumières du pont-canal viennent de s'allumer et l'on pense déjà à la journée du lendemain. On vient d'apprendre que le passage prévu par grue à la centrale de Dampierre-en-Burly n'était pas possible : plus de grue ! Une seule solution : prévoir des rouleaux et contourner...
4e journée : Briare (45) - Saint-Benoît-sur-Loire (45) . 45 km
L'équipage lève l'ancre à 8h30, après une bonne nuit. La brume matinale finit par laisser passer le soleil qui durera toute la journée. Un temps superbe qui donne des couleurs aux visages des bateliers, mais qui fait boire souvent : ramer en pleine chaleur donne soif.
Les blocs (est-ce du granit ?) émaillent la surface de l'eau ou affleurent à peine. La progression reste lente, il faut parfois zigzaguer pour éviter les écueils et retrouver le riau. Dans un de ces passages, David s'est trouvé soudain projeté par un coup de "patouille" (l'aviron de queue, en langage marinier). Jean-Baptiste a immédiatement repris le poste arrière, le fûtreau se dirigeant droit sur un autre caillou.
A Gien, les Chavans sont accueillis par l'équipe de Jean-Marie, des mariniers du pays.
L'arche du superbe pont est franchie sans problème. Midi n'est pas loin et l'on retrouve Jacky à Saint-Gondon, en amont de la centrale de Dampierre-en-Burly. Les immenses tours fument en permanence (les gars de Gien les appellent les "cocottes-minute").
La passe à canoës devra suffire à nos bateaux, mais il faut attendre l'arrivée des rouleaux, les nôtres ayant été laissés au Guétin. Ils arrivent enfin d'Orléans : ce sont des piquets de jardinerie ! Il faudra faire avec.
Le Hors-du-Temps passe en premier, suivi par la Gabrielle. Les pieux sont lacérés, mais ils résistent à peu près. On voit les traces de la grue utilisée pour les bateaux précédents.
Le moral est meilleur que la veille au soir, à l'annonce de l'annulation du grutage...
La Loire est à moins 50 cm de son niveau habituel. Le fond manque et on s'engrave parfois. On cherche la langue d'eau : "à mar !", "à galarne !". En fait, depuis Saint-Thibault, les bateliers rencontrent régulièrement des petits rochers. De loin, on dirait des moutons... Des rapides se forment et le bateau se trouve secoué par le clapot. L'homme de "coue" (à l'arrière) doit veiller : levez les rames ! Quelques dizaines de mètres plus loin, c'est l'inverse : peu de courant, il faut ramer plus que jamais.
De temps à autre, un pêcheur conseille :" Passez plutôt là-bas, à gauche des rochers !" Les rares passages à l'ombre, rive gauche, sont appréciés.
On arrive à Sully-sur-Loire à 16h30, mais les tours du château s'aperçoivent un peu avant.
L'équipage, pressé d'arriver à Saint-Benoît, est salué au passage du pont. Les rames chauffent dans les dames de nage !
On pénètre dans une anse gigantesque (il y en aura d'autres demain), encore quelques roches au milieu du lit et l'on atteint le site superbe de Saint-Benoît-sur-Loire. Le campement est établi face à l'abbaye.
Même si la fatigue commence à se faire sentir, les rameurs sont en bonne condition physique et ils tiennent le coup.
Demain, il faudra passer le pont de Jargeau et finir la journée sans doute à Bou.
5e journée : Saint-Benoît-sur-Loire (45) - Bou (45). 25 km
Alors que le soleil se trouve dans l'axe de la basilique, les bateliers quittent la rive de St Benoît. Il est 9h10. Après le long parcours de la veille, la journée qui s'annonce devrait être moins difficile.
La Loire dessine d'immenses courbes dont la carte ne cite pas le nom, si ce n'est la dernière : la Maltournée. Les bateaux, après avoir eu le vent dans le dos, se trouvaient en effet avec un vent en pleine face, d'où ce nom imagé.
Entre Châteauneuf-sur-Loire et Jargeau, les Chavans retrouvent les pierres redoutées. Les bateaux cognent parfois,malgré la vigilance des hommes de coue.
Sur la Gabrielle, le support d'une dame de nage rend l'âme. Les charpentiers le répareront sans tarder, mais en attendant, il faut rallier Jargeau à un seul rameur. Le temps s'obstine à rester gris, bas et assez froid. La Loire fait sa mauvaise tête.
Jargeau et son pont ! Le passage est délicat, en raison de blocs de pierre et de morceaux métalliques sous l'eau.
On avisera en temps utile. Pour l'instant, c'est la pause de midi. Didier vient saluer les gars, accompagné de sa femme. "Je viens de vous voir à la télé !" Le reportage de Philippe Marmy vient d'être diffusé par France 3 Centre. Radio Bleu se serait aussi fait l'écho de cette descente...
"Pimpon" - c'est le surnom de Didier - connaît bien la Loire et ses conseils seront précieux. Il faut dire qu'il est pompier-marinier à Jargeau. Il va indiquer l'endroit favorable pour passer entre les blocs pierreux, sans "casser du bois". Il parle de son beau-père, une force de la nature, qui est imbattable à la bourde (perche ferrée pour ceux qui l'ignorent encore). D'ailleurs, une année, il a gagné un concours de bourde à ...Embraud ! Le monde est tout petit... Sûr qu'ils reviendront nous voir un de ces jours.
Mais pourquoi les bases de ce pont sont-elles autant accidentées ? Lors d'une grande crue, le pont de Jargeau a du être dynamité et depuis, les abords sont dans cet état.
Après manger, l'équipage franchit la bonne vague au bon endroit. En aval de Jargeau, le courant augmente. Didier l'avait bien dit.
On accoste enfin à Bou. Orléans n'est plus très loin. On est dans la zone des "bymes" (mais comment écrire ce mot ?), un endroit particulier et dangereux. Des visiteurs nous expliquent qu'à cet endroit, la Loire s'effondre et rejoint le Loiret. Pas de tourbillons, mais on marche et soudain : un trou sans fond. On aurait tenté une expérience avec des colorants pour vérifier ce phénomène. Des gens se sont noyés.
Mais la vie continue et depuis plusieurs jours, certains ont envie de pêcher. Jacky a rapporté un peu de matériel, la débrouille fait le reste : un bouchon de bouteille fait office de flotteur et c'est parti ! David, Thomas et Jean-Baptiste surveillent les gaules.
Il est 19 heures et le soleil se décide à pointer le bout de son nez, juste avant de se coucher. Certains doivent bander leurs mains, les ampoules sont arrivées. Chacun tient bon : demain, c'est l'arrivée à Orléans. Ce sera une petite distance. France 3 a téléphoné, ils seront sur les quais, prêts à nous accueillir. 5 jours de navigation et l'équipe est plus soudée que jamais. "On mange quoi ce soir ?"
Vendredi 25 septembre : 6e journée . Bou (45) - Orléans (45) : 13 km.
C'est la dernière étape. L'équipage a été chaleureusement reçu la veille au soir par Christian Chenault et ses amis de La Fraternelle. La prune et le vin rouge du pays ont réchauffé les coeurs. La commune a même ouvert les vestiaires pour que l'on puisse prendre une vraie douche. Jusqu'alors, on se contentait de l'eau de la rivière.
Ce matin, il suffira de partir à 10 heures. Le soleil a mis les petits plats dans les grands : temps superbe pour une arrivée. Les fûtreaux ont su garder leurs filets de peinture rouge malgré les nombreux écueils rencontrés. Les bateliers ont passé leur beaux habits. Il faut ce qu'il faut. Mais entre Bou et Orléans, il faut bien vite revenir à la réalité : les pierres, toujours les pierres qu'il faut savoir éviter. C'est comme ça depuis Saint-Thibault et ça ne changera pas jusqu'à Orléans.
On longe un canal - le canal d'Orléans - qui a la particularité de se situer dans le lit de la Loire. Seul un grand mur de pierres appareillées sépare l'ouvrage du fleuve. C'est assez curieux à voir. Mais Fred, qui est à la barre, s'écrit soudain :"Je vois les flèches !" Ce sont bien les fameuses tours de la cathédrale Sainte-Croix. Orléans est à deux pas et il va bientôt être midi.
Nadège Pavec, de l'organisation du Festival, a demandé à un gars de Combleux de guider les mariniers à leur arrivée. On passe le pont Tina. Les mariniers vont connaître leur plus grosse vague depuis leur départ : ça bouge pas mal ! Comme dit Jacky le "Gabarier", l'obstacle est passé "à la ronfle..." Sur les quais, on applaudit, France 3 filme l'arrivée des bateaux. Jean Marchal de Decize est là :"Bravo, les Chavans !". Sur la rive opposée, les gars du Bec nous font un signe amical. Ce sont les bateaux de Bibi. Une sacrée flotte, menée de main de maître.
C'est un drôle de contraste, après plusieurs jours de navigation, de se retrouver dans tout ce monde, la sonorisation du festival, la presse, le téléphone qui sonne... L'équipage a les larmes aux yeux, Jacky embrasse tout le monde, Manu appelle ses filles et n'arrive même plus à parler ! Pari gagné : 200 km à la rame !
Il fait si chaud qu'il faut chercher l'ombre. Du coup, on traverse la Loire pour boire un coup avec Bibi et faire une petite sieste. Plus tard, on fera une descente et une remontée devant Orléans, pour le plaisir. Maintenant, les bateaux sont amarrés à la Pascale-Carole, un grand chaland. L'aventure ligérienne se termine, mais ce périple n'est pas prêt d'être oublié.
Demain, les Chavans chanteront la rivière avec leur formation "Vent de Galarne" au grand complet. Une autre façon d'être toujours en partance...
Pour bien se reposer, il est nécessaire d'avoir un minimum d'intimité et de confort... Séance Bivouac...
Thomas
Manu
Jean-Marc
David
Stéphane
Jean-Baptiste
Fred
Après l'effort, le réconfort...
A la lampe frontale...
Le "super intendant " Jacky a été aux petits soins de nos marins pendant tout le voyage, qu'il en soit remercié...
La communion avec les éléments et le retour à la nature était tel que nos chavans n'ont pu résister à l'appel de la pêche, mais point de cannes carbones ou autres détecteurs de touches... Par respect pour nos mariniers, le résultat de cette partie de pêche ne sera pas divulgué...
Des mariniers, des vrais, des tatoués !!!
Il ne suffit pas de dévider des dizaines de mètres de cordes pour passer les différentes difficultés, il faut après ranger le matériel...
Pour finir, un bon marinier ne doit pas hésiter à se jeter à l'eau, n'est ce pas Jean-Bat ???
Toutes les images de la journée du dimanche 27 septembre du Festival de Loire sont disponibles dans la rubrique "album photo", ou en cliquant ci dessous...
Ambiance générale de la Fête, bateaux en tous genres, nos musiciens de "Vent de Galarne" en concerts...
Vingt-huitième jour de septembre, une grande grue sur camion élève dans les airs, l’un après l’autre, nos fûtreaux, La Gabrielle et Hors du Temps, avant de les reposer tranquillement sur l’Allier, sous une arche du pont du Veurdre.
Nous profitons que les poissons sont hors de l’eau pour inspecter leur ventre. La Gabrielle qui a ouvert la voie pendant cette avalaison de 6 jours sur l’Allier et la Loire a un peu souffert, rien d’irrémédiable cependant.
Quelques coups de perche nous transportent au pied d’Embraud et les ancres sont jetées, le dernier soleil de septembre disparaît derrière la douce colline, le voyage est bouclé.
L’équipe est un peu sonnée, moins de fatigue que des images et des odeurs, le soleil et le vent partagés, tout au long de ce grand chemin qui marche, entre Château et Orléans. Jean-Marc, Thomas, Fred, David, Jean-Bapt, Stéphane, Jacky et moi, avons retrouvé la voie ancienne des échanges de notre haute province, nous avons vu chaque confluence de chaque ruisseau, compté les ponts, franchi les barrages, sondé les hauts-fonds sableux, esquivé les moutons de pierre, survolé les bîmes, toisé les turcies, évité les bras de Loire qui coupent court pour fouler les quais du Châtelet la gorge serrée.
Nous gardons en mémoire quelques magnifiques feux aux yeux et langues de dragon sur les grèves de nos nuits de Port Conscience, Saint-Thibault, Briare, Saint-Benoît, la Pointe du Loup, des rives lentement dévoilées par la lumière de l’aube naissante à la recherche de notre route.
Alors la perception de la foule et de son tumulte en ascension, à l’amont de la ville batelière en fête à l’heure de midi, nous est parvenue brutale, donnant une ampleur à la sensation curieuse, lorsque l’on est sur la rivière, d’être à l’envers des choses qui nous entourent.
Il y a eu l’ultime conduite du marinier de Combleux avant l’endremage, à la ronfle, du pont Tina, notre dernier et d’apercevoir les pouces levés des gars du Bec garés à mar, nos pairs reconnaissants de l’aventure, conduits par Bibi, puis d’entendre un bravo les Chavans du géant Jean Marchal de Decize, à galarne, enfin, les devises de nos bateaux dans les haut-parleurs nous certifiaient maintenant que c’était la fin de ce voyage.
Après quelques prompts capelages sur un espar massif de la grande gabarre Pascale-Carole, nous montions un escalier de quai longuement poli par notre ancienne marine.
Avec le soutien formidablement chaleureux de tous les Chavans, nous avons embarqué dans le coeur de nos nefs à remonter le temps, sous la protection de Saint-Nicolas, le vingtième jour de septembre. L’alchimie était grande, la complémentarité exemplaire, la volonté de chacun sans faille, tout était possible.
Le meilleur est à venir, il nous faut préparer nos prochains voyages et nous rêverons de la rivière qui se transforme en mer.