Mercredi 29 janvier 2020 : Réflexion à propos des différences d'amplitude importantes de la rivière Allier (par Jean-Christophe Grossetête)

Publié le par L'Equipage des Chavans

Confluence de l'Allier et la Loire au Bec (photo croisi)

Confluence de l'Allier et la Loire au Bec (photo croisi)

L’Allier, une rivière qui passe son temps dans ses lits…

Originaire de la Margeride et plus précisément à 1.485 m d’altitude, du Moure de la Gardille, une montagne Lozérienne entre Langogne et Le Bleymard, elle coule grosso modo sur un axe du sud vers le nord,  pour confluer après plus de 400 kilomètres avec la Loire, près de Nevers, au Bec d’Allier, à 167 m.

Son bassin versant, de plus de 14.000 km² est essentiellement constitué sur le Massif Central et son régime est d’origine pluviale, lié surtout aux influences océaniques sur la grande majorité de son territoire, et aussi pour l’amont, aux influences méditerranéennes ou cévenoles qui impactent rapidement et fortement les débits. Quand ces deux influences se combinent, elles génèrent des crues de grande envergure.

Circulant sur un substrat globalement imperméable elle réagit rapidement à la saturation des sols par les pluies, un peu à la manière des gouttières d’un toit. Le ruissellement l’abonde engageant des afflots et des crues ; à l’inverse, elle accompagne d’étiages qui peuvent être sévères les épisodes de sécheresse surtout estivale. Les valeurs d’étiages extrêmes non soutenus à Cuffy, à la confluence avec la Loire sont inférieures à 10 m3/seconde, tandis que les crues les plus fortes peuvent atteindre des débits de plusieurs milliers de m3 au même endroit, comme en 1790, 1846, 1856 et 1866 alors que le débit moyen est de l’ordre de 150 m3/s. Ces variations considérables expliquent l’occupation plus ou moins importante du lit mineur par temps moyens et des débordements sur le lit majeur qui peuvent être considérables en surface et en hauteur ennoyées. Le pont Régemortes, édifié au XVIIIème siècle à Moulins est un indicateur très intéressant, du fait de sa pérennité exceptionnelle sur plusieurs siècles, pour mesurer et mémoriser ces amplitudes.

Tout le long de son cours les localités ou ouvrages portent gravés dans la pierre des niveaux et des datations des crues d’importance qui peuvent survenir de l’automne au printemps. En terroir Chavan, le repère officiel c’est l’échelle des crues du pont du Veurdre qui flirte certains étés, comme celui de 2019, avec la cote - 1 m, se cale autour du niveau O pour les débits moyens,

Une vue ancienne depuis le pont du Veurdre sur le bras principal (!) rive droite

monte à  près de 3 m pour les crues dites remarquables et peut même indiquer près de 6 m pour les crues exceptionnelles…

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La toue cabanée Le Chemin qui Marche posée dans les prés d'Embraud après la crue du 6 février 2003

Un regard, en parallèle simultané sur les échelles en amont de Régemortes et surtout de Châtel-de-Neuvre, parce qu’elles anticipent d’environ une dizaine d’heures ce qui va passer d’eau au Veurdre, permet de prévoir la tendance haussière ou baissière de la variation de débit.

Jean-Christophe Grossetête voguant avec son futreau Fol-Allier au beau milieu du pré du Lion d'Or (entre Le Veurdre et Château) lors de la crue du 8 novembre 1994

En zone de plaine, la rivière visible est doublée dans l’épaisseur des alluvions comme à Embraud d’une nappe alluviale souterraine qui évolue parallèlement, captée à certains points pour l’alimentation en eau potable dont la qualité est largement conditionnée par celle de la surface et des pratiques humaines qui occupent les sols de la vallée.

Détroit Château-sur-Allier / le Veurdre (photo pierre mannoni)

Qualifié de « sauvage », l’Allier est en effet laissé, comparativement à beaucoup d’autres cours d’eau européens, libre de divaguer dans ses lits, bien qu’il ne soit pas totalement exempts d’aménagements au droit des ponts et ouvrages sensibles, de seuils comme celui des Lorrains à Apremont, de retenues d’eau comme à Naussac et à Vichy, dont certaines ont été effacées comme à Saint-Etienne-du-Vigan ou sont en cours de reconfiguration comme à Poutès-Monistrol. Cette originalité lui confère un grand intérêt hydrologique et environnemental. Il est principalement tributaire des apports en rive gauche de l’Alagnon et de la Sioule, en rive droite de la Dore dont les sources respectives sont établies dans les montagnes Auvergnates. Lui-même est un affluent majeur de la Loire, le fleuve, dont cette dénomination fit débats avant d’être maintenant bien établie.

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Embraud : Jean-Baptiste 12 ans s'exerçant à la bourde dans les prés pendant la crue du 5 mai 2001

Ces caractéristiques conditionnent très largement les attitudes et les comportements humains de ses riverains que nous évoquerons dans des publications ultérieures, à paraître bientôt.

Jean-Christophe Grossetête

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